

CHAPITRE 3
Retour aux Sources
Retour aux Sources
Le premier soupir de l'amour
Est le dernier de la sagesse.
Antoine Bret
Les nuits blanches se succédaient depuis ces premiers mails... le passé refaisant surface par flashs...
Quand nous avions finalement convenu, après trois années de galère, qu'il valait mieux nous quitter, ne pas persévérer, ma vie s'était un certain temps arrêtée.
Nous nous étions rencontrés un vingt-cinq janvier, durant une soirée d'anniversaire. Nous avions perdu brutalement le sens des réalités. Nous avions très vite ce soir là, en dansant, en parlant, réalisé à quel point on se plaisait. J'aurais voulu me noyer dans ton regard. On savait tous les deux, inconsciemment, que vue notre différence d'âge, on allait certainement au devant de difficultés, mais on s'en moquait, on dit bien que l'amour ne se commande pas. J'avais dix-neuf ans et toi vingt-huit. Il n'y avait eu personne avant toi. Tu étais mon premier flirt, mon premier amour... celui là même qu'on ne peut imaginer qu'il se termine un jour. A la fin de cette soirée, le sort était jeté.
Quelques jours après cette soirée, quand le téléphone a sonné à la maison, en fin d'après-midi, j'ai murmuré ton prénom, le sourire aux lèvres. Je savais que c'était toi. J'avais peur de ce que tu allais dire, peur que la raison ne l'ait emporté sur les sentiments. J'ai entendu ta voix douce, tendre, nous n'avons pas vu le temps passer. Dès lors, tous les jours, ce fut le même scénario. Tu te dépêchais de rentrer chez toi après le travail. Tu composais mon numéro et on restait des heures au téléphone.
Maman s'est vite énervée en constatant que la ligne était toujours occupée. Elle ne cessait de me mettre en garde « Tu es une proie facile pour lui. Un mec de neuf ans ton aîné, qui a déjà pas mal d'expérience, qui a déjà vécu à la colle avec une autre fille, ça ne peut pas se passer comme ça. »
Les problèmes ont commencé dès la première semaine. « Tu comprends ma chérie, si je vous laisse faire, dans un an tu seras mariée. Tu n'as que dix-huit ans. Il veut t'étouffer, t'agripper et je ne le veux pas. Je suis ta mère. Tu sais que je t'aime, je ne veux que ton bien. Tu dois profiter de la vie. Il doit te laisser réfléchir, respirer. Tu es bien trop jeune pour t'engager définitivement. Tu n'as même pas vingt ans. Il en aura bientôt trente. Il est trop mûr pour toi. »Ce discours je l'entendis des dizaines de fois suffisamment pour qu'il me donne la nausée. Des semaines entières passèrent sans qu'on puisse se voir .
Nous avons donc fait connaissance autrement : des heures et des heures au téléphone, des dizaines de courriers, des échanges de cassettes , avec nos chansons, nos musiques préférées. Tu m'enregistrais même des morceaux de piano dont tu étais l'auteur. Enfin, après maintes supplications, maman accepta que tu viennes dîner à la maison. Dieu que j'étais heureuse et pleine d'espoir. Dieu que nous l'attendions ce premier rendez-vous.
Mais les choses se passent rarement comme on les rêve... Nous n'eûmes pas une minute d'intimité. Mes parents restèrent assis à nos côtés tandis que tu accordais ma guitare, que tu jouais quelques airs. Ils empêchèrent ainsi consciencieusement le plus petit rapprochement.
Le mois de février passa.
Puis le mois de mars. Le printemps arriva. Les premières perce-neige égayèrent la campagne. Nos deux cœurs broyaient du noir, séparés par une infranchissable barrière maternelle.
Maman, au lieu de s'attendrir, s'opposait de plus en plus ouvertement à notre aventure. C'est à ce moment là, que nous primes la décision de nous voir en cachette, au moins une fois... .
Je me revois sortir du cinéma où je m'étais rendue avec une amie. J'avais quitté discrètement la salle obscure avant la fin du film, tremblante, hésitante. Tu étais là, dans le hall, tu m'attendais marchant de long en large devant les affiches. Je ne savais pas quelle attitude adopter. En fait on ne s'était jamais retrouvés seuls tous les deux et on était aussi timides l'un que l'autre. Mes jambes tremblaient. Depuis deux mois je te parlais sans retenue au téléphone, et à présent que je t'avais en face de moi, je ne savais plus quoi dire. Pourtant, dieu que j'attendais ce moment. Tu as sauvé la situation en me tendant les bras. Je m'y suis réfugiée tandis que tu me serrais très fort contre toi. On a couru jusqu'à ta voiture garée dans une petite rue et on s'est assis côte à côte les bras croisés. Ni l'un ni l'autre, nous n'osions faire le premier pas, le premier geste. Mon cœur battait la chamade, de peur et de joie mélangés. C'était en même temps la première fois que je trompais sciemment maman. Voilà que j'étais seule dans une voiture avec l'homme que j'aimais. C'était risqué et aussi terriblement romantique. Tu m'as prise dans tes bras et tu as cherché mes lèvres, tout doucement, tendrement. On aurait dit que tu avais peur de m'effrayer, peur que je prenne la fuite. Tu m'as embrassée encore et encore et serrée très fort. Je me souviendrai toujours de cette première vraie rencontre... seul toi et moi, pour la première fois sans personne pour épier chacun de nos gestes, guetter chacune de nos paroles. J'ai acheté plus tard en souvenir de notre premier rendez-vous le DVD de ce film, « Highlander » et même le CD car la musique de Queen prenait aux tripes...
Lorsque je retrouvai maman le soir même, son attitude froide et distante, sa mauvaise humeur me mirent sur la voie. Je n'avais pas besoin de dessin. Malgré toutes les précautions prises : on nous avait dénoncés. Elle n'ignorait déjà plus rien de notre rendez-vous secret. Comment l'avait-elle appris ? Je n'en sais toujours rien à ce jour. A mon avis, avec le recul, elle a simplement du deviner, rien qu'à ma mine rêveuse et illuminée qu'il y avait anguille sous roche. Après maintes discussions animées, plusieurs heures de pure morale, je fus enfin « pardonnée » de ma trahison. J'obtins même que tu sois invité une deuxième fois à la maison. Ce devait être un vendredi après-midi.
On avait prévu de prendre des photos dans le jardin, d'avoir un peu de temps rien qu'à nous. Hélas, nous nous sommes retrouvés dès ton arrivée assis dans la cuisine à écouter maman parler «de son nouveau four qui ne fonctionnait pas ». Nous sommes sortis prendre des photos quand le brouillard était tombé. Le dîner se passa bien j'étais quand même aux anges. Tu étais là. Tu avais de l'humour, mes parents avaient l'air de s'amuser, l'ambiance était bonne. Je voulais croire que tout allait s'arranger. Après ton départ, je remerciai maman, lui confiant ma joie, mon bonheur.
Comme j'étais naïve.

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